Arnaques financières : mobilisation générale pour protéger l’épargnant

Actualités - Trois ans après une première mobilisation contre les offres d’investissement ou de crédit frauduleuses, le Parquet de Paris, l’AMF et l’ACPR dressent un nouvel état des lieux. Les trois institutions lancent cette semaine une campagne de prévention à destination des épargnants. Tour d'horizon avec Le Courrier Financier.

Branle-bas de combat contre les arnaques financières. Ce mardi 17 septembre, le Parquet de Paris, l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) dénoncent « une industrialisation du phénomène ». Ces pratiques entraînent des pertes considérables pour les épargnants, évaluées à au moins 1 milliard d’euros entre juillet 2017 et juin 2019. Placements sur le Forex, diamants, terres rares, bitcoin, vins et grands crus, vaches ou cheptels ou encore livrets d’épargne… Depuis 2016, les autorités constatent « une fragmentation des arnaques » avec la diversification des supports. D’où la nécessité de s’informer sur le mode opératoire des escrocs, afin de mieux se protéger.

Mille et une nuances de fraude

L’escroquerie se déroule la plupart du temps en ligne, grâce à un mode opératoire bien rodé. Les victimes potentielles sont à la recherche de taux de rendement plus importants. En 2019, les rendements proposés par les investisseurs traditionnels restent faibles. C’est particulièrement vrai pour les produits sécurisés largement plébiscités par les Français — livrets, assurance vie, etc. — qui garantissent le capital investi et les gains. Les épargnants plus audacieux leur préfèrent des produits boursiers plus rémunérateurs, aux risques de perte parfois élevés. Ils glissent plus facilement vers des placements atypiques, qui leur sont présentés en ligne comme innovants et avec des rendements élevés (6 % à 12 %).

Au hasard d’une publicité, les épargnants se connectent eux-mêmes sur des sites « particulièrement bien documentés et présentant une apparence de sérieux », alerte le régulateur. Le piège se referme lorsque la victime est mise en relation avec un faux conseiller. L’escroc mélange les informations avérées et mensongères, afin de crédibiliser sa société et de mettre en confiance son interlocuteur. Il propose à l’épargnant de créer un compte personnel afin de suivre l’évolution de son placement. Objectif, inciter la victime à placer un premier montant — peu élevé — à l’essai. Le résultat de l’opération sera présenté comme un succès, afin que l’épargnant mise des sommes plus importantes qu’il ne pourra ensuite plus récupérer.

Prévenir plutôt que guérir

Harcèlement téléphonique, « frais divers » à payer pour récupérer les sommes investies et autres frais supplémentaires surprise… Quand les victimes comprennent la supercherie, il est déjà trop tard. D’après le portrait-robot dressé par l’AMF, les épargnants plus âgés sont aussi les plus vulnérables. Tous supports de fraude confondus, les plus de 50 ans représentent plus de 65 % des victimes et 81 % des sommes perdues. Si aucune tranche d’âge n’est à l’abri, celle des 60-69 ans reste la plus touchée. En termes de catégorie socio-professionnelle, les retraités sont donc en première ligne (48,2 % des montants investis). La région Provence-Alpes-Côte d’Azur apparaît comme la première touchée (17,3 % des montants investis), avant l’Auvergne-Rhône-Alpes, l’Occitanie et l’Ile-de-France.

Devant l’ampleur du phénomène, l’AMF et l’ACPR ont multiplié les actions. Les cinq listes noires publiées sur le site Assurance Banque Épargne Info Service (ABEIS) répertorient désormais plus de 1 000 sites ou entités frauduleux, dont dont 329 depuis le 1er janvier. Mais devant cette hydre dont les têtes repoussent sans cesse, alerter les conseillers financiers et les associations de consommateurs ne suffit plus. L’AMF lance cette semaine une grande campagne de sensibilisation à destination des particuliers investisseurs. « Il faut une mobilisation générale », résume Robert Ophèle, Président de l’AMF. Le parquet et les autorités recommandent aux épargnants de signaler les offres suspectes. Et en cas de fraude, de garder toutes les traces d’échanges pour porter plainte. Vigilance constante !

Mathilde Hodouin - Le Courrier Financier

Rédactrice en chef

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